le dimanche 1er février 2026 sera une date de commémoration exceptionnelle, cette année, à Maurice. En effet, nous y célèbrerons deux fêtes calendaires importantes de l’identité mauricienne : le cavadee de Thaïpoosam et l’abolition de l’esclavage. Hasard heureux du calendrier qui permettra à toute l’île de célébrer sa mémoire et sa diversité ethnique.
Petit rappel historique
Thaïpoosam est une fête hindouiste, originaire du sud de l’Inde et qui est principalement célébrée par l’ethnie tamoule bien que de nombreux hidouistes de différents groupes ethniques y participent. Cette fête célèbre la naissance du dieu principal des Tamoules, Muruga, second fils de Shiva et Pârvatî, plus précisément la remise de sa lance Vel par la déesse Pârvatî afin qu’il puisse vaincre le mal, incarné par le démon Soorapadman. Cette lance, qui représente l’intelligence, la puissance et la victoire du Bien sur la Mal, est symbolisée par les aiguilles avec lesquelles les dévots transpercent certaines parties de leur corps, signifiant ainsi leur foi et leur sacrifice – mais aussi la puissance de l’esprit sur le corps – tandis que le port du Cavadee représente leur port des souffrances et fautes que l’on va déposer avec dévotion, aux pieds du dieu, accompagnés d’offrandes comme le lait (symbole de pureté), des fruits et des fleurs.
Célébration à Maurice

La cérémonie et ses préparatifs commencent dès 4 heures du matin, chacun se préparant spirituellement aux célébrations du jour. Chaque dévot porte des vêtements caractéristiques : saris fushias pour les femmes et, pour les hommes, le fameux vesti, qui les couvre de la taille jusqu’aux pieds. Chacun se met ensuite en route, accompagnant de chants et de prières les porteurs des Cavadee, jusqu’à la rivière locale afin de se purifier physiquement et mentalement. C’est lors de la procession que certains dévots se transperceront la langue, le visage, le dos avec des petites lances d’argent afin de symboliser leur dévotion à Muruga et leur voeu de silence.
Les fidèles se rendent ensuite au temple, toujours accompagnés par des chants et des prières, mais aussi par tous les Mauriciens ou touristes désireux de mieux connaître cette fête. Pour l’occasion, de nombreux camions citernes déversent également de l’eau afin de rafraîchir la route pour les pèlerins qui marchent pieds nus.

L’arrivée au temple est un moment de recueillement, d’offrandes et de prières avant le coucher du soleil qui sera l’occasion, pour les dévots, de déguster un bon repas végétarien composé des célèbres sept caris et/ou d’un bryani, en remerciant à nouveau le dieu-guerrier pour sa victoire et ses bénédictions.
L’abolition de l’esclavage
Cette année sera aussi l’occasion de célébrer le 191 ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à l’Île Maurice, dont les commémorations débuteront en fin d’après-midi, permettant à chaque Mauricien de pouvoir profiter pleinement, s’il le désire, des deux festivités.
Petit rappel historique
L’esclavage, qui repose sur le commerce du sucre, est aboli en 1794 en France, suite à la Révolution, mais fut maintenu, suite à la pression de nombreux propriétaires de plantations qui n’envisageaient pas alors de remplacement à cette main d’oeuvre forcée et gratuite. L’esclavage est finalement aboli en 1835, permettant l’affranchissement des esclaves qui furent progressivement remplacés par les travailleurs engagés, coolies, originaires des colonies anglaises, à savoir majoritairement des Indiens pour Maurice.
Célébration de l’abolition de l’esclavage à Maurice

Comme chaque année, la commémoration officielle se déroulera au monument dit de la Route des esclaves, situé sur la place publique du Morne, lieu notamment connu comme étant le refuge des esclaves marrons. Le dépôt de gerbes de fleurs suivi d’un discours du Premier ministre serviront d’introduction à des évènenements plus festifs, avec la présence de nombreux artistes tels que Cassiya, Désiré François ou encore Emelyn Marimootoo.
Les associations seront aussi présentes – comme l’association Rastafari qui rendra notamment hommage à son ancien président, récemment décédé, José Rose – et des bus seront mis à disposition des Mauriciens, au départ des grandes villes, pour le traditionnel pèlerinage à Trou Chenille.

Les célébrations se poursuivront le lundi 2 février avec la visite du Musée de l’esclavage intercontinental dont le moment fort sera le lancement du livre lauréat du prix Jean Fanchette 2025 : Le regard de l’ancêtre esclave de Nicolas Couronne, ouvrage dans lequel il retrace le parcours héroïque de son ancêtre Constance Couronne. À découvrir.
Cet évèment littéraire sera l’occasion de lancer l’ouverture de l’exposition « Reclaming the narrative : a journey towards emancipation« , en présence de nombreuses personnalités politiques comme le Président de la République, le ministre des Arts et de la Culture ou encore de la mairesse de Beau-Bassin-Rose-Hill.

Une belle façon de rendre un hommage à tous ces femmes et ces hommes, dont le souffrance et la lutte pour la liberté ont permis la construction d’une nouvelle nation basée sur la résilience de leurs descendants et la beauté d’une diversité culturelle mauricienne sans cesse renouvelée…
